ABT, je t’aime. Parce que je t’aime, je ne peux rester indifférent à ce qui te plaît. Il te plaît de devenir le Président de la République du Bénin en avril 2011. Que puis-je alors faire pour toi ? Toi seul peux me l’indiquer et point les choses portant tes initiales que je vois surgir de partout. Mais en attendant de recevoir tes indications, j’ai choisi de commencer par la réflexion, par la première interrogation. Quelles sont tes chances d’occuper le fauteuil présidentiel en 2011 ? Je m’exerce à répondre à cette question.

A l’approche de l’échéance électorale de 2011, il me semble apercevoir un Président de la République en exercice qui nourrit l’ardent désir de briguer un second mandat. C’est là ma première et principale source d’inquiétude pour ton projet. Pour être déjà au pouvoir, il dispose de troupes aguerries dans ce type de combat. Où sont les forces que tu peux victorieusement lui opposer ?

L’alliance « L’Union fait la Nation » ? Sais-tu que ce groupe ou plutôt ce nouveau parti se cherche un « candidat unique » en son sein ? Nourris-tu secrètement le rêve qu’avant la désignation de ce « candidat unique », ton parti politique ou ton association de supporters voit formellement le jour puis intègre ce groupe et ravisse la vedette à ses membres fondateurs ? Un tel rêve peut-il devenir réalité ? J’en doute. Surtout après la dernière sortie de la Présidente du plus puissant parti de l’alliance « l’Union fait la Nation ». Car je te sais très courageux pour ne pas renier tes origines qui remontent au « Nord ».

Si raisonnablement rien n’est à espérer de « l’Union fait la Nation », il y a l’aventure avec le G13 que tu peux envisager. Le G13 a affirmé sa ferme intention d’aligner un candidat pour l’élection présidentielle à venir sans pour l’heure préciser si ce candidat émanerait de son sein ou s’il serait un candidat d’adoption. Tente ici de prendre la direction des troupes. Mais prudence ! Il y a à l’intérieur des vaincus de la bataille de 2006 qui ne voudraient pas s’en arrêter là. Grand est le risque d’une implosion sur le chemin du front.

Que te reste-t-il donc dans ce combat qui s’annonce particulièrement âpre ? Revenir au bon vieux slogan de la période révolutionnaire : « compter d’abord sur tes propres forces ». Quelles sont-elles à l’instant présent ? Je vois d’abord en première ligne le Professeur Roger GBEGNONVI. Ce très cher professeur qui, après avoir désigné le Président Nicéphore Dieudonné SOGLO comme le « messie », assimilé le Président Boni YAYI à un « clone » du messie, te déclare aujourd’hui « Sauveur ». Versatilité, amertume, démence ? Illumination peut-être. ABT, fais-tu le choix d’une armée de « prophètes des temps nouveaux» ? Ils sont si nombreux, de toutes obédiences, de toutes confessions, que la tentation peut être forte.

ABT, je t’aime. Parce que je t’aime, je crains pour toi une débâcle en 2011. Que rencontreras-tu en face ? Un Président de la République en fin de premier mandat ayant à son service une machine électorale rôdée, dotée de puissants moyens et mettant déjà en difficultés les plus vieux partis dans leurs fiefs. D’aucuns prétendent que le Président Nicéphore Dieudonné SOGLO était dans la même position en 1996. Mais le tombeur du Président SOGLO s’appelle le Général Mathieu KEREKOU. Il a régné sur le Bénin d’octobre 1972 à avril 1991.

 Il a créé des structures politiques ayant, certes, adopté un profil bas dès la fin de la Conférence Nationale des Forces Vives mais qui ne se sont jamais éteintes. Les maires des communes, les délégués des villages et des quartiers de villes sont restés en place depuis le règne du Général KEREKOU. Le Président SOGLO n’a pu les remplacer. En 1996, cet appareil impressionnant a été redémarré avec le concours d’une opposition virulente à la politique conduite par le Président Nicéphore Dieudonné SOGLO.

Le résultat n’est que trop connu. ABT, oui, tu es un ministre du Général KEREKOU, mais tu n’es pas le Général KEREKOU. Tu dois en convenir avec moi. Des ministres du Général KEREKOU ont tenté l’aventure avant toi. Tu peux en rencontrer autour de toi. Demande-leur, avec le plus grand respect, la plus haute considération, pourquoi ils n’ont pas réussi à se faire élire Président de la République du Bénin.

ABT, je t’aime. Parce que je t’aime, je refuse qu’on te conduise droit vers l’abîme. On dit que le Dr Boni YAYI était dans la même situation que toi quand il se portait candidat à l’élection présidentielle en 2006. Ce n’est pas totalement exact. En 2006, le Général Mathieu KEREKOU était à la fin de son second mandat. Les jeux étaient donc complètement ouverts. En 2006, tu te serais porté candidat que tu aurais plus d’atouts que le Dr Boni YAYI à faire valoir. Aujourd’hui, il a cet avantage majeur : le pouvoir.

ABT, je t’aime. Parce que je t’aime, je veux t’éviter le martyre gratuit. Nul ne doute au Bénin que tu comptes parmi les présidentiables. Mais peux-tu devenir Président de la République du Bénin en 2011 ? Rien n’est moins sûr. Par contre une chose est certaine : le Président Boni YAYI est pour toi un ami et un frère. Travaille à hériter de la puissance de feu qu’il laissera en 2016.

Et prions tous ALLAH afin qu’Il nous accorde une longue vie et une robuste santé.

Sabi Kio ALAGBE

Ingénieur agronome

E-mail : sabikio @yahoo.fr

Cotonou

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